Dans le bus qui me sortait de cette partie de l’île (Haiti) pour m’amener à l’autre bout de l’île (République Dominicaine), car il faut se le rappeler, la division est ancrée jusque dans nos plates bandes de terre créant une frontière…ce qui fait des habitants de cette île unique deux peuples différents.
Alors dans le bus, je validais mentalement mon voyage. j’essayais de maximiser, de rendre plus important que jamais mon déplacement, car, s’il est futile, je serais morte de honte. St Domingue n’est plus cette destination excitante,cette terre de vacances pour l’haïtien moyen, ce coin qui nous fait rêver, qui nous apprends ce que c’est un pays en voie de développement…
Même si on le savait toujours, pour l’haitien désespéré,c’était une terre d’espoir, d’aller mieux…quitte à travailler dans les champs, les restos, la construction, vendre de l’eau, des sucettes, des ( palito de coco ) et même des (pèpè)…
Mais aujourd’hui nous ne pouvons plus nous voiler la face, on ne veut pas des Haïtiens à St Domingue. Dominicains avec (Aïeux Haïtiens) ou Haïtiens immigrants: LA PUERTA!
Ironie du sort…un bus nous y amène malgré tout. Malgré le racisme, la discrimination, les préjugés, le déportement massif, les mauvais traitements sur des femmes et même des enfants…
je suis Haïtienne en république dominicaine, je roule en Chevrolet, je visite mes amies dominicaines, celles qui sont loin de la capitale désespèrent de ne pas pouvoir me rencontrer, elles seraient tellement contente de me traîner en boite, de faire la fiesta avec moi a la playa, mais bon je n’étais là que pour une journée…et pour une raison très importante!
Dans les boutiques,les indigènes viennent en aide volontiers a la chica, pour trouver sa pointure,la bonne couleur et le chef veut bien causer cuisine avec l’Haïtienne…des jeunes hommes du quartier me font les yeux doux et j’ai cru que ce vieil homme allait me prendre dans ses bras tant ses compliments étaient chaleureux.
Le proprio de la chambre adore les Haïtiens, qui sont d’après lui, de bons et loyaux payeurs, tandis qu’il ne veut pas faire affaire avec un Italien toujours d’après ses racontars.
Tout paraissait normal, mais il a fallu que je tourne au coin de l’av de Mexico pour découvrir cette ligne interminable,ce brouhaha familier, cette chaleur habituelle, ce bavardage incessant, cette langue de mes tripes,ces visages qui me ressemblent, mes frères, mes soeurs…ils veulent leur papier.
Une feuille sans protocole avec une photo dessus, mais ils en ont besoin pour continuer leur pénitence chez le voisin.
Pour réussir à pénétrer le bâtiment où le processus se déroule, plusieurs d’entre eux campent la nuit pour bénéficier des premières places. La pluie, n’est pas un obstacle. D’ailleurs, elle ne vient que par fines gouttelettes…du coup la sécheresse s’installe chez eux.
En fait, rien n’est normal, les voila les vrais Haïtiens qui subissent les tourments, les foudres racistes de ce peuple et de leurs lois.
En quoi suis-je différente? Dois-je me sentir bénie? fière?
je dis çà je dis rien, mais combien d’entre nous raconte avec fierté de ne pas avoir été pris pour un Haïtien las-bas? Ou d’avoir été épargné du racisme dans son entourage?
Moi, sur le coup, j’ai été indignée des conditions de cette régularisation. J’ai été indignée parce que l’Ambassade d’Haiti en République dominicaine est toute proche de ce lieu immonde. J’ai été indignée de voir des frères dans une ligne d’attente en attente de rien. J’ai été indignée de ne pouvoir rien faire pour changer cela. Offusquée de réaliser, combien mon peuple est livré à lui-même. Combien il est perdu,dérouté…
Et je me suis sentie comme eux, parce que, malgré toutes les belles rencontres, les bons restos, les jolis magasins, les joyeux échanges que j’ai eu avec des dominicains, des amis, je ne demeure qu’une Haïtienne. Et eux, quand ils pensent Haïtiens, ce n’est pas à moi qu’ils pensent.
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