Autrefois, j’aimais aller au théâtre. Une salle fermée, remplie d’odeurs et de gens chics , le rideau, la lumière, l’obscurité et des acteurs. Oui, je trépignais d’impatience de voir le rideau ouvert, et de faire enfin connaissance avec mes joueurs! C’est ainsi que je les appelais. Ils étaient mes JOUEURS.

Cet univers m’a tellement plu, que je n’ai pas tardé à écrire moi-même des pièces de théâtre, pour pouvoir créer mes propres joueurs. Ils sont faciles à manipuler, je change leur nom, leur rôles, leurs répliques au gré de mes envies et ressentiments. Je les place où bon me semble pour le besoin de ma création.

Et puis, il y a moi et la tentation évidemment, je n’ai pas résisté. Je me suis entraînée et j’ai joué, à plusieurs reprises.

Sur scène, je suis différente. J’oublie qui je suis. A un certain moment, je me sens vraiment  » Catherine Flon  » ou  » Laurence  » même après la fermeture du rideau. Je veux que mon jeu soit parfait. Je ne souhaite aucune critique négative de ma façon de jouer un personnage. J’ai ce pouvoir de le contrôler, de prévoir ses gestes, d’anticiper ses réactions, ses humeurs, donc, je JOUE à fond mon rôle, car je n’ai qu’un but: LA PERFECTION.

FIN! On tire à nouveau le rideau sur les JOUEURS qui s’en vont en saluant le public qui applaudissent, aimant ou pas la pièce jouée, déçu ou satisfait…mais il est d’usage d’applaudir. Alors on applaudit. C’est mon moment préféré.

Sauf, qu’il faut ouvrir les portes, il faut gagner l’air frais nocturne et faire face à la réalité. Une RÉALITÉ où rien n’est PARFAIT.

Dehors, on râle, on gueule, on chie à volonté!

Dehors, on glousse, on s’esclaffe, on baratine à volonté!

Dehors, on pète, on mange , on fume à volonté!

Une cigarette dans l’bec et le défilé commence: amis de longue date , amis perdus de vue, connaissances lointaines, contacts du social, Psychologues, moralisateurs, gens moqueurs, confidents immédiats, association de lutte contre…Ils tirent tous la sonette d’alarme. Something goes wrong!

Une Cigarette dans l’bec et on se retrouve à la scène du joueur! Lui qui n’aspire qu’à être parfait pour plaire à son public. Lui qui veut fuir les critiques négatives, lui qui ne jure que par son personnage.

Au fond, quel hypocrite celui là!  Il le sait pertinemment qu’il nous le raconte, mais il continue son jeu! Heureusement qu’on avait acheté les billets, on le sait bien…on est au théâtre.

Ici, on est au théâtre, car dehors la cigarette se vend à raison de marques et de saveurs différentes. Sa publicité animent nos petits écrans, nos enfants chantent ses jingles, nos artistes ou nos politiciens ( Que sais-je? ) s’affichent en grands plans avec. Nos maris en consomment, nos femmes en goûtent, nos jeunes adorent!  La cigarette supporte et sponsorise fièrement!

FUMER NUIT GRAVEMENT A VOTRE SANTE…qui s’en soucie?

Sauf quand il faut lapider, juger et condamner….

Sauf quand vous devez JOUER votre précieux rôle!

Rentrons, c’est la fin du JEU!

 

 

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