Le téléphone est tombé en panne. Je ne saurais vous éclairer sur la nature de cette panne, tout ce que je sais , c’est que ce foutu téléphone refuse de s’allumer, refuse de s’éteindre, reste en vieille depuis bientôt seize heures!

Et je pense à mon coeur, je pense avec effroi que si mon coeur refusait de garder le rythme un jour, ce que seraient ces pénibles instants de lutte pour rester en vie. Car, je pense  que c’est ce que j’ai vécu durant cette journée qui s’achève bientôt. Des moments pénibles pour rester normale.

Je pense bien sûr aux dollars durement gagnés, dépensés pas si longtemps que ça,pour me procurer ce bambin flambant neuf, mais aussi aux dollars que je ne possède pas encore que je vais devoir gagner rapidement , disons tout de suite,pour le remplacer.

Bref, que de stress!

Le stress malheureusement arrive par tous les moyens. Le téléphone en train d’être bricolé ou racolé…la peur de le voir réparé et de retour en service monte d’un cran. Que vais-je découvrir sur ce téléphone allumé enfin?  Aurai-je beaucoup de messages? D’appels manqués? Que s’est-il passé sur Facebook? Qui a lu mes dernières publications? Est-ce qu’il avait répondu enfin à mon clin d’œil sur Whatsapp? Et si personne ne m’avait sollicité? Et si nul n’avait remarqué mon absence ?

Peur de tomber dans l’invisible.

Est-ce que cela voudrait dire que de nos jours, on n’existe que par ses comptes sociaux? Que l’être ne se suffit pas à lui-même? Que  l’appréciation de son entourage virtuel le garde en vie?  Serait-on devenus accro aux j’aime, partage, identifications, commentaires, vues, notifications?

Des réflexions qui me poussent  à me questionner sur ma journée. Bilan: Pourtant si bien sans avoir été connectée. Des coups forts au boulot,et enchaîner avec cette ambiance fort sympathique entre amis: petit café, confidences et fourneaux, finir la journée dans une euphorie totale entre Collègues Toastmasters, vider la bouteille de vin entamée hier , en lisant le manuscrit de ton ami écrivain avec cette sérénité qui indique que t’es enfin chez toi et pourtant, cet ombre qui ne cesse d’ apparaître au tableau: le téléphone cassé. Cet téléphone qui prend la place de ton cerveau, qui commande tes nerfs, qui t’ordonne de ralentir quand tu souris, n’oublies pas:

Pinterest, Instagram, Whatsapp, facebook, WordPress, Snapchat, Messenger, Gallerie photos, Email, Google Music et Candy Crush.

Ne souris pas, tu n’as plus tout ça! Tu n’as plus de vie.

Une journée sans téléphone révèle que de nos jours la terre tourne et vit grâce à l’internet et aux nouvelles technologies. Plus rien n’a d’importance si on ne peut pas le partager autour de nous, ses petits malheurs comme ses grands bonheurs. J’ai un deuil, avant d’appeler la morgue, je change mon statut sur internet.J’ai reçu une rose avant de le mettre en pot, je publie sa photo sur mes comptes sociaux. Ce besoin d’être visible, d’être suivi devient impératif pour notre sensation d’accomplissement en tout. C’est la finalité de chacun de nos pas, toucher la toile!

A la question est-ce bien ou mal? Je n’ai pas la réponse. Mais tout ce que je sais, c’est qu’être allongé sur une plage, admirant un couché de soleil enivrant n’est plus rien si on ne peut pas poster la photo de ses orteils sur le fin sable blanc, où vient mourir une écume tiède d’eau rendue turquoise à l’aide des filtres, dans un décor fait d’ombre et de lumière décadente…et d’hashtags: #Selfie #Sea #Sunset #Happy!

Et pour ça, mieux vaut avoir un téléphone bien fonctionnel et de respirer encore! Oui, c’est être en vie!

Source photo: Google

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