A la Fokal les 20,21 et 22 avril 2016 se tenait un spectacle dénommé Tonton America. Cette représentation théâtrale est l’œuvre de 12 artistes qui ont travaillés de concert afin de produire cette pièce  axée autour de l’occupation américaine en Haïti.

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En effet, en Avril 2015 lors d’un atelier organisé par l’American Corner avec Saul Williams, rappeur américain et Anisia Uzeyman, comédienne venue du Rwanda, ces 12  jeunes artistes s’étaient croisés et par la suite, ont décidés de travailler ensemble sur ce projet ambitieux qui a reçu le support de la Fondation konesans ak libete ( FOKAL)  et du programme Arts et Culture.

Mackenson Bijou- Rossi Jacques Casimir- Jean d’Amérique- Shelo François- Léonard Jean Baptiste- Pascale Julio- Wesly Lamour (Lywes du groupe rap Zatrap)- Sophonie Maignan- Katiana Milfort-Olwitchneider Sainclair- Jean Yvon Rubin- Mackendy Tondreau sont donc les auteurs de ce spectacle constitués de divers textes tantôt douloureux, tantôt accusateurs, d’autres ironiques, et aussi des rassembleurs sur un seul thème : l’occupation américaine en Haïti.

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Auteurs et aussi interprètes ces 12 artistes, des comédiens et comédiennes, rappeurs, des slammeurs et slammeuses qui étaient accompagnés d’un guitariste, d’un tambourineur ont  déjà pris place sur la scène  de la salle Unesco qui baignait dans une obscurité profonde. Les spectateurs essayaient de comprendre les consignes du metteur en scène, Michel Lemoine qui se donnait un mal fou pour interdire les téléphones allumés, les caméras et toute connexion internet, quand on entendit, les notes de l’hymne national. Apres une transition synchronisée du tambour de Marc-Harold Pierre et de la guitare Jimmy Kerby Toussaint, le bruit sourd d’une invocation ou d’une prière s’élevèrent et voilà donc Fokal, plongés en plein spectacle de Tonton America !

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Tonton America est un spectacle qui force à tourner le regard, vers un passé oublié. La réalité autour de ce travail artistique frappe de plein fouet, tant les textes ramenaient la douleur et la souffrance d’un temps qui fut pourtant bien réel.

Le son d’un « Notre Père » des plus étranges, égayait malgré tout la salle, Mais ce fut plus que ça Tonton America.  C’est une création artistique osée et pensée, qui dénonce l’esclavage mentale, l’aliénation par le biais de la religion, en l’occurrence le christianisme, le rejet du vaudou, les crimes perpétrés sous l’occupation américaine. Un spectacle qui remplit un devoir de mémoire, « Sur mon visage j’ai dessiné les signes du Samba et je remonte lentement ô mon Pays le lit de ton Histoire » Ces paroles empruntées du célèbre titre de Anthony Phelps, «  Mon pays que voici » a fait son petit effet.

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1915-1934 une période qui nous a ravi des pères, des frères et sœurs, des mères, ce qu’ils ont tenté de nous rappeler par le biais de l’œuvre de Maryse condé qui y était, forte, poignante : « On pendit ma mère»!  Tonton America, plus qu’un spectacle un mouvement de conscience qui met à nu les séquelles et endommagements laissés par l’occupation américaine sur notre société actuelle, en exemple notre langage truffés de mots anglophones comme « thug, Yeah, Man… »

Ils étaient tout de noirs vêtus, visages fermés, poings serrés, des pas de danses énergiques, des gestes d’espoirs,  l’un d’entre eux verse des larmes en disant son texte, moment émouvant, les interprètes de Tonton America s’étaient donnés à fond pour faire revivre aux spectateurs cette blessure, ce mal atroce, ce passé historique. Pour rappeler le courage et l’héroïsme de certains leaders cacos comme Charlemagne Péralte, Sudre Dartiguenave…

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De Tonton America, on retiendra le souvenir d’un spectacle qui fouillant dans notre passé contemporaine de peuple, arrive à titiller un élan patriotique, aussi des morceaux du chanteur engagé Manno Charlemagne bien interprétés par la troupe, et cette phrase sans fard qui clame : « Je dénonce l’injustice que m’a fait subir l’occupation américaine » !

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Photos: Reginald Louissaint

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