« Un temps pour chaque chose… »

Cet énoncé est biblique et donc renferme une vérité sacrée. Adaptons: Je dirais, fini la fête, maintenant réfléchissons. Oui, parce 18 Mai, j’ai fait la fête. J’ai fêté la création du drapeau de mon pays. Ouais, Haïti!

Je l’ai fêté de bien de façons: Je me suis réveillée 2 heures plus tard que d’habitude, vive le congé du 18 Mai. J’ai fait la lessive qui traînait, j’ai cuisiné, j’ai regardé la télé, documentaire sur Toussaint Louverture, l’histoire de la colonisation de Saint-Domingue, la Reine des neiges. J’ai passé mon après-midi dehors avec ma caméra en train de chasser des images de parade, de fêtes bicolorées. La soirée, jusqu’à l’assoupissement final sur internet en train de lire les opinions de mes compatriotes sur cette journée de congé.  La fête du drapeau haïtien, 18 Mai ne représente plus rien  qu’un jour férié, c’est un sujet qui divise, résumé de ma lecture.

Pour beaucoup d’entre nous, il n’y a pas lieu de fêter et ceux qui prétendent le faire sont des hypocrites. Ils ont des arguments en béton: Souveraineté perdue, que fait la MINUSTHA sur un sol libre? La communauté internationale, invitée d’honneur des grandes décisions nationales quitte le salon, prends la chambre, la cour (lakou) et s’érige en maîtresse qui menace, lance des mises en garde sévères à faire trembler de peur nos dirigeants, ces politiciens misérables sur un scène politique déplorable. Ils en ont plein, ce n’est pas fini: 18 Mai ne doit pas être célébrer parce qu’il y a trop d’haïtiens peu fier de leur pays, à l’extérieur, il se font passer pour des jamaïcains, des guadeloupéens…enfin, ce pays n’est qu’un gros bloc  de problèmes, on n’a rien à fêter.

Soupir! Long soupir! Qu’ils ont raison! Sur tous ces points, je ne trouve rien à répliquer. Je vis dans ce pays aussi et le tableau dépeint est fidèle.

Je rappelle, 18 Mai, ce n’est pas seulement la fête du drapeau, mais aussi celle de l’Université.  Cela donne à réfléchir, car un jeune de 20 ans sur les bancs de l’université en Haiti tremble de peur à l’idée d’en sortir, pour aller rejoindre les milliers d’autres qui sont passés sur ces bancs avant lui et qui sont encore sous le béton…au chômage. Donc à l’université, le jeune étudiant n’apprend pas le génie civil pour construire les plans de sa ville batie sans plan, ou proposer un plan d’urbanisation, mais il pense plutôt à se faire élire quelques années plus tard, Maire de sa ville natale avec l’espoir d’en sortir avec une voiture confortable, un visa et un titre honorable précédé ou suivi de la mention Ingénieur. Cela compte beaucoup pour la campagne éléctorale. Pas de licence en communication avec le rêve d’écrire un livre où l’on partagerait ses connaissances et expériences même 10 ans plus tard. Personne ne pense vraiment à ce pays, tout le monde ne pense qu’à s’en sortir. En effet, des raisons qui n’invitent pas aux réjouissances. Avec tous ces problèmes dans sa barque le marin a de quoi oublier le thazard et les haïtiens aucunes raisons de festoyer un 18 Mai.

Plus haut, je vous ai raconté ma journée de fête, notez bien qu’il n’y a eu ni rires, ni joies. Je n’ai pas été dans l’euphorie de mes plus jeunes années quand passait le défilé, des centaines d’écoliers costumés pour le jour, des marjorettes, des fanfares et tambourins, les badauds…le terrain de football, le prix de la meilleure pyramide, la fièrté parce que c’est 18 Mai, la fête du drapeau.

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Le drapeau haïtien, 213 ans de flotte!

Cependant, les choses allaient mal aussi à cette époque. Les enfants des ghettos etaient armés au lieu d’aller à l’école, j’avais peur des (Rastas) , de leurs dreadlocks et de leur mine terrifiante, c’était des chimères, le bas-culotte que je portais pour défiler coutait les yeux de la tête à ma mère, mon père se plaignait avec ses partisans qu’on lui avait volé ces points au bureau de vote, il serait Sénateur de la république sinon, le journal télévisé rapportait des crimes et au milieu de tout ce chaos, l’espoir:

« Demain, la gloire d’Haïti, les coeurs joyeux l’âme fervente, toujours en avant nous irons, la tête altière et hauts les fronts »

C’est quand demain? C’est aujourd’hui demain. Point de gloire, ni de dignité pourtant. Cela reste une belle chanson pour marquer le pas tous les 18 Mai. Je comprends vos mines boudeuses, je comprends votre refus de fêter, le coeur n’est pas à la fête, qui peut vous en vouloir? Il n’y a plus d’espoir. Même pas moi, sale hypocrite! Car, j’avais l’esprit à la fête, je fouinais à la recherche d’ambiance, je voulais me mettre au pas.

Il n’y a plus d’espoir, c’est ça votre excuse? Oû étiez-vous vous quand eux, ils prenaient leur courage à deux mains pour nous doter d’un drapeau? Quand Dessalines mettaient toute sa force de nègre pour arracher ce blanc d’étoffe qui symbolisait l’oppresseur ? Où étiez-vous quand eux ils faisaient acte de bravoure? Quand ils luttaient primitivement avec les armées les plus performantes de leur temps pour chasser les colons et inventer la liberté?  Comprenez bien qu’il ne s’agit pas de NOUS, mais d’EUX.  La je deviens agressive, si vous me dites:  » C’est du passé »! Quel présent dois-je chérir?

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Votre égo vous joue des tours, il n’est pas question de jubiler sur nos petitesses et mésquineries, il n’a jamais été question d’applaudir ce que nous sommes devenus comme peuple, mais de toujours se rappeler que sur ce sol que vous  fouler, piaffer, voler, piller…c’est selon, il y a eu un jour de Grands Hommes. C’est le vrai sens du 18 Mai. Soyons hypocrites un jour pour les rendre hommage, l’hypocrisie ne tue pas!

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