L’association culturelle Café Philo a frappé fort le jeudi 9 juin. Une date mémorable, qui a vu asseoir l’activiste panafricaniste kemi Seba à cette table de discussion dédié à la pensée philosophique et humaniste. Le public habituel de Café Philo, des jeunes étudiants et des professeurs ont été contents de l’accueillir. La longue séance de photo (environ 1:30 mns) avant de procéder à l’ouverture peut le prouver. J’ai vu des gens lui parler de son compte Facebook et des partages qu’ils font de ses publications. Ce n’était pas un inconnu qui a débarqué en Haïti, Kemi était attendu et les gens avaient une réelle connexion avec lui.

Pour ma part, faisant partie de ceux qui le suivent aussi sur Facebook, j’ai su qu’il rentrait en Haïti par une publication que j’ai partagé avec la mention: On t’attend Kemi. C’est vrai que j’avais hâte de découvrir ce géant qui prône le panafricanisme, l’union ultime entre les peuples noirs. Je voulais saisir l’occasion pour l’écouter en vrai et ne pas que deviner la vibration qu’il dégage lorsque je le regarde sur YouTube. En fin de compte, il était bien là, je l’ai écouté avec toute mon attention et aussi le recul qu’exige les premières fois. Je viens partager dans ce billet  le goût de ce Café avec Kemi Seba. En quelques points, j’ai aimé:

1-  L’ouverture

-On dirait que tu pries?

-Ouais, je parle avec les ancêtres

Ceci est un échange entre Stéphane Saintil, le modérateur du débat qui allait s’ouvrir, et Kemi Seba qui en effet murmurait ce qui semblait être une prière. La scène était encore plongée dans une légère pénombre, ce qui donnait à cet échange une couleur pour le moins mystique et qui accrochait encore plus le public. On venait justement d’en apprendre plus sur un personnage déjà fascinant. Il est aussi un être très spirituel qui sait parler aux ancêtres.

2- La carte noire

Café philo est une réunion qui se tient à Port-au-Prince tous les mardis soirs. Une réunion autours des idées, du cas de l’haïtien et de son évolution dans le monde. Exceptionnellement on a reçu Kemi Seba un jeudi compte tenu des complications lors de son voyage, mais ce café Philo a vu une autre exception s’exécuter à propos de la carte blanche habituelle qu’on donne aux intervenants, Kemi a réclamé une carte noire. On dirait que c’était à ce prix qu’il accepterait de livrer son message en Haïti. Il l’a eu sa carte noire.

3- Le sens profond de sa venue en Haïti

Un musulman en pèlerinage va à la Mecque, un chrétien à la recherche de la plénitude extrême va au Vatican et un défenseur de la cause des noirs en pèlerinage doit absolument poser ses pieds sur le sol d’Haïti…C’est la tirade émouvante, dit dans un ton solennel par Kemi Seba pour justifier sa présence sur la terre de Dessalines, de Toussaint, de Boukman, de Félicité… Il a continué pour avancer que durant ses 6 dernières années il a voyagé dans environ 80 pays, mais que jamais il n’a encore eu cette émotion, cette connexion qu’en touchant le sol d’Haïti. Selon ses propres mots, Il est un fils qui vient voir sa mère.

4- Sa déclaration sur le vaudou

Rien  qu’on n’a pas déjà entendu en fait, son discours n’était pas nouveau mais il était fort. Il était dit avec une réelle conviction qu’on pouvait la sentir, le vodou est pour lui la matière de vie de l’haïtien, et le jour où il l’aura compris sera historique. Il a parlé des peuples d’occidents (Les blancs) qui ont bien compris cela, qui nous donne le christianisme et qui nous vole notre vaudou sous forme de Franc-maçonnerie, il conseille aux haïtiens d’arrêter de rejeter leurs origines, de laisser tomber la franc-maçonnerie et de se mettre au vodou. Ce n’est qu’à ce prix que notre peuple connaitra la paix. Une grande partie du public a crié: AYIBOBO. C’est comme un AMEN dans une cathédrale.

5- Son regard sur Haïti

On va dire de préférence Port-au-Prince, il a visité la ville en 48heures (On était jeudi 9 juin). Kemi Seba croit dur comme fer qu’Haïti est la capitale centrale de l’Afrique. Il l’a répété dans un formalisme étonnant à plusieurs reprises. Il dit le croire encore plus depuis qu’il a découvert cette ressemblance d’Haïti avec les villes africaines. Que ce soit au niveau des repas, du style de vie il pense que la vie se déplace à Port-au-Prince comme à Dakar par exemple. Mais il déplore le manque d’infrastructure, la pollution dans les rues et oui, il a son opinion la dessus. Il a compris pourquoi Haïti reste juché sur cette mauvaise pente. C’est parce que nous somme le peuple le plus arrogant de l’histoire des nations.  » Haïti paie le prix de sa résistance » Cette liberté que nous avons osé prendre d’entre les jougs des colons, nous payons encore le prix très fort.

6-Son désaccord avec la passivité du peuple haïtien

» Un pays sous hypnose » voilà ce que nous sommes. Il a cité son défunt ami (Paix à son âme) Hugo Chavez qui disait toujours,  » Si Haïti se lève l’Afrique va se lever, l’Amérique du sud va se lever… » Tous les peuples opprimés par cette bête de mondialisation se lèveront. Il demande de la réactivité. Kemi Seba espère qu’on se rapproprie les concepts, qu’on devient des politiciens, qu’on participe à la vie de notre nation comme l’éboueur qui rend service en vidant les poubelles, l’éboueur est donc un politicien. Qu’on arrête de se servir du peuple pour avoir le pouvoir, mais qu’on prend le pouvoir pour servir le peuple. Il espère que Haïti réagisse, que la capitale bouge pour que les autres villes se lèvent, ici, on parle panafricanisme, pas nationalisme.

7- Cette phrase

Je ne me rappelle plus du contexte, mais je me souviens comment je l’avais accueillie. Avec un quasi ferveur.  » Ce qui doivent faire le bien le font mal et ceux qui font le mal le font bien »

8- Sa tirade sur l’union

« Ceux qui refusent l’idée du panafricanisme, d’une union entre les peuples noirs sont ceux-là qui se regroupent en Etats-Unis d’Amérique, en Union Européenne… »

9- Le clash

Faut d’abord préciser que c’était avec amour. Stéphane Saintil, le modérateur de la soirée a pris la parole pour avancer ses propres idées. Il a partagé la table avec Kemi Seba mais il a ses opinions a lui. Pour Stéphane, Haïti est un bassin où se baignent  plusieurs peuples, les français, les espagnols, les anglais, les hollandais…sont aussi passés par là. On n’hérite pas que de nos gênes africaines. Pour lui l’haïtien n’est pas africain et il l’a lancé au visage de celui qui prêche son sermon panafricaniste. Mais, il n’y avait pas que Stéphane, la séance questions-réponses l’a bien prouvé, en Haïti Kemi ne fait pas l’unanimité. Nous sommes un bon groupe a ne pas adhérer à ses idéologies de noirisme, de panafricanismes. Mais, je vous le redis, c’était avec amour.

10-Kemi Seba

Un personnage que j’ai découvert grâce à internet, je n’ai jamais lu un de ses ouvrages, mais je lis beaucoup de papier sur sa lutte, sa vie. Il m’a toujours fasciné. Je ressens toujours une énergie comme une folie en ouvrant une page web intitule Kemi Seba. Il fallu qu’il soit en Haïti, à Ambyans resto club, un espace simple comme bonjour pour faire l’expérience de mes lectures. Il a l’avantage d’avoir un physique arrogant, son costume africain n’arrange rien dans sa posture de géant, et que dire de sa voix? Ce n’est pas moi qui vais vous le dire, c’est un orateur formidable, et comme détecté par un participant, il possède les techniques pour galvaniser une foule. Le public comme moi était sous le charme.

Ce café avec Kemi Seba quoique bien sucré gardait par moment son effluve d’amertume. Je n’ai pas aimé:

1- Son radicalisme extrême

Je ne conçois pas qu’au 21eme siècle un monde ou le noir se méfie du blanc et ou le blanc ignore le noir. Sa formule Homme noir/Femme noir me révolte. Je crois que toute lutte même avec un objectif matriciel doit veiller à ce que les variantes concordent. A quoi ça sert les noirs qu’on ne se mêle pas aux blancs? Il a bien cité Socrate, mais c’était un blanc. Et ce n’est pas que pour cette fois, comme l’a dit Kemi Seba, parce que les blancs partagent ce monde avec les autres races et chacun d’eux aura à tirer du bon en l’autre.

Pour terminer ce billet. Voici ce que pense Kemi Seba de ce Café Philo:

C’était énorme pour lui, un réel honneur de faire ce débat avec ses frères haïtiens. Il pense qu’on a besoin au maximum de ces genres d’échange. Il n’est pas du tout déçu clame-t-il pour répondre à ma question, il a aussi compris que la majorité des participants comprenait sa démarche et cela renforce ses convictions sur Haïti qui est la mère des nations noires.

Et Stéphane Saintil pense que ce café a été une réussite, il a compris la soif des gens pour la parole panafricaniste de Kemi et il est satisfait de la tournure de la séance. Il a remercié le poète Claude Sainnécharles qui avait pris l’initiative, et aussi la chanteuse Sara Renelik, les membres de la revue CONTROVERSE et les membres de Café Philo.

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