« Si tu n’es pas homophobe, tu es forcément homosexuel! »  ( Phrase entendue)

« Massimadi Haïti est un espace de réflexion, d’échanges, de débats et de sensibilisation sur les questions du pluralisme dans un contexte haïtien, dans l’optique de participer à la création d’un monde plus équitable pour tous et toutes. Tous et toutes sont invités à participer peu importe la classe sociale, le sexe, l’identité de genre,l’orientation sexuelle ou l’appartenance à un groupe religieux ».

La première édition haïtienne du Festival se déroulera du 27 au 30 septembre 2016 à la FOKAL, à l’Institut français en Haïti, à la Cinémathèque et au café Paradox à Pétion-Ville.

homophobes
Affiche de l’évènement

Voici l’invitation qui fait tilt en ce moment, qui réveille les consciences et alimente les conversations en Haïti. L’annonce a choqué plus d’un. Les réactions sont mitigées, violentes ou agressives que ce soit du côté des détracteurs, ou des défenseurs. Personne n’écoute personne, aucun dialogue n’est ouvert, chacun tire sa boulette sur l’autre, lui qui brandit sa bible et l’autre son article de loi, l’annonce de ce festival n’apporte que mésentente et cacophonie. Ce festival artistique divise le pays.

Parce qu’après tout, ce n’est qu’un festival comme un autre. Ce sera de l’art exposé, débattu ou projeté. Sauf que l’art ici va aborder un sujet délicat: l’homosexualité.

La peur de Massimadi

Où en sommes-nous avec l’homophobie? En Haïti, nous étions loin de l’homophobie jusque là. Ce jeune homme efféminé dans le quartier fait plus rire que déclencher la colère, cette bonne femme aux allures vives, est pourtant l’amie de tous. On aime bien ses propos grossiers et ses blagues qui font se tordre de rire. On raconte que cette jeune fille prétentieuse et discrète est lesbienne, mais après un temps que vaut cette rumeur? Combien de fils et filles homosexuels qui vivent sous le toit de leurs parents, même si ceux-là sont en désaccord avec leur choix? La majorité des artistes haïtiens sont taxés d’homosexuels , en tout cas, ce n’est ce qui va les empêcher de vendre leurs disques ou de remplir leurs salles de concerts, on s’en fout pas mal. Que dire des rumeurs sur plusieurs de nos chefs d’Etats, des membres influents de l’administration publique? Les étiquettes sont collées partout et chacun finit par s’occuper de ce qui lui regarde.

Les journaux rapportent si souvent la mort de nos intellectuels, de nos jeunes étudiants, de nos braves travailleurs, braqués en sortant de la banque ou en regagnant leur demeure après une dure journée…mais vraiment infime ( je laisse une marge) la nouvelle de personnes attaqués parce qu’ils ont fait leurs choix sexuels en fonction de ce qu’il leur plaît vraiment.

Je réalise que pour le festival Massimadi, ce n’est pas l’homosexualité qui fait peur, mais la fête de l’homosexualité. C’est célébrer en grande pompe cette aberration. Parce que si vivre à côté de l’homosexuel ne dérange pas tant que ça, ce n’est pas qu’il est compris tant que ca non plus.

Ce qu’on appelle Homophobie ici

Cela m’étonne certaines fois, le calibre d’un cerveau qui se sert de ce fameux verset biblique pour condamner l’homosexualité :  » Tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination ». (Lévitique 18:22) Comme si dans la bible, il n’existe que cette vérité. Dès qu’on essaie de relativiser, on brandit le verset qui fait taire. Dieu a parlé, tais-toi!

Alors pas question de se taire, il est question de faire comprendre à l’autre que son point de vue n’est pas correcte. l’homosexuel est un être humain avec des droits. Son choix lui appartient et il ne concerne que lui.

« Si tu n’es pas homophobe, tu es forcément homosexuel! »  ( Phrase entendue)

Grossomodo, l’homophobie! Puisque exprimé avec beaucoup de haine, de violences verbales, d’incompréhension, de refus d’écouter, d’obtempérer. Ce qu’on appelle homophobie ici, ce n’est autre qu’une conviction personnelle.

Pour ou contre Massimadi ,on a besoin de savoir ton camp afin de bien te camper. 

Pour ma part, je suis contre Massimadi-Haïti. Je suis dans l’obligation d’ajouter à chaque fois: non, je ne suis pas homophobe. Je suis plutôt réaliste. Le pays dont nous vivons actuellement n’est pas prêt pour un festival arc-en-ciel. L’heure ne sonne pas encore pour ce genre de chamboulement social. On va trop vite!

On est encore dans les manques d’infrastructures, problèmes de santé, grèves de médecins, d’enfant de 3 ans qui meurt faute de soins basiques. On est toujours dans l’insécurité grave, de cas d’assassinats gratuits, de kidnapping. Problèmes de justice, de fonctionnaires ayant pillé les caisses de l’Etat sans punition aucune. Problèmes d’éducation, des résultats scolaires effroyablement bas. Problèmes de la faim, de chômage, de pouvoir d’achat: 65 gourdes pour 1 dollar américain. On fait face à des expulsions de nos compatriotes partout pendant que des milliers d’autres se battent tous les jours pour faire la grande traversée! Nous avons un millions d’affaires urgentes à régler et je doute que faire accepter l’homosexualité d’un groupe de gens en fait partie.

Et puis, qui sont les homosexuels? Qui sont-ils? A part ces très courageux membres de l’organisation KOURAJ, (http://www.kouraj.org/) personne n’est gay, lesbienne ou bisexuel! Le coming out, cela vous dit quelque chose? Pas en Haiti, pas encore en tout cas. L’homosexuel lui-même n’arrive pas encore à assumer sa préférence sexuelle. La société pèse lourd sur son désir de se confier. De vivre sa sexualité en toute liberté. C’est un fait. Pour autant, le modèle de famille ou de relations sociales instauré depuis des siècles ne va pas s’envoler le temps de quelques éditions d’un festival. Le couple est ainsi vu: un homme et une femme. Changer ce schéma est possible mais pas à coup de provocations.

Pour l’heure le festival rencontre des difficultés. Un des partenaires se rétracte sous le poids des menaces:(FOKAL). Massimadi a justement réveillé l’homophobie de la population haïtienne qui jusque là restait latent. Deux figures de proue se dressent pour faire tomber l’idée de Massimadi-Haïti: Le sénateur Jean Renel Sénatus et Danton Léger, le chef du parquet de Port-au-Prince. On les surnomme les mousquetaires de la bonne moralité! (Léger et Sénatus) Que dire de plus: on n’avait pas besoin de ça!

Source Photos: Google.com

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