J’espère que personne ne trouvera ce billet. C’est une lettre à moi-même. Une manière franche de converser avec mon subconscient, cette autre femme qui habite mon corps. J’écris ce billet, après je le brûle. Ce rituel, je l’effectue pour éviter de me retrouver dans la froideur d’un salon de je ne sais quel spécialiste. Non, je ne veux pas aller voir un psy. Je n’irai parler à personne, ni à ma meilleure amie Sandra, ni à ma grande sœur, encore moins à ma mère. Je n’ai aucune envie de me confier. Je veux juste m’asseoir devant un miroir, imaginaire ou non, mais je veux me regarder  en face et me dire : mon mari m’a frappé et j’ai aimé ça !

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La femme que je suis aujourd’hui pourrait décevoir beaucoup de monde, si j’osais l’assumer en public, les coups de mon mari m’ont procuré une sensation inexplicable : c’était exaltant !

Dans cette butte du haut de furcy où Marco et moi aimions fréquenter les dimanches après-midi de bonheur, Je me laisse aller. Je me cherche. En fuyant le foyer familial ce matin-là, je n’ai trouvé nulle part d’autre où m’éloigner. De nature, je suis une femme discrète. Pas question d’aller frapper à la porte des amis ou de la famille.

C’est avec les larmes aux yeux, que j’ai pris le volant pour me réfugier dans ce coin. À cette heure précise, ma vie aurait dû être une toute autre scène.  J’aurais dû finir de préparer ma fille pour l’école. Dans quelques minutes encore, cette voiture allait s’entortiller dans le bouchon matinal de Lalue, Marco aurait déposé Alicia notre fille à son établissement scolaire. Il filerait sur le chemin des dalles pour arpenter son cabinet de médecin, et moi alors, je prendrais le relais au volant pour me rendre à la direction de mon entreprise en ville.

Aux yeux de ma communauté, Je suis une femme accomplie. Je suis fréquemment citée comme un modèle de réussite pour les jeunes femmes, je suis invitée régulièrement à parler de mon expérience en tant que femme entrepreneure, mère et épouse à la fois. Ce fameux prix de l’excellence féminine cette année n’a rien arrangé, je voyage à l’intérieur et à l’extérieur du pays, pour représenter les femmes d’influences, lit-on parfois dans les journaux. Le secteur féministe a fait de moi leur ambassadrice. Ennuyeux tout ça ?

Parce que ce matin, je me suis délectée. Il n’aurait pas dû hausser le ton aussi fort. Je déteste qu’on me hurle dessus. Et le pire, venant de lui, quelle surprise ! Marco et moi avons l’habitude des petites disputes, comme tous les couples d’ailleurs ! Mais jamais sa colère n’avait franchi une telle barrière. Alors, à ce moment-là, je suis aussi sortie de mes gongs. Je lui ai lancé la phrase de trop, celle qui dégénère les situations.

Une gifle ! Deux gifles ! Pan ! Pan et pan !

-Marco : Redis ce que tu viens de dire ! Redis-le !

J’aurais pu m’arrêter. Lui faire mes excuses, lui expliquer que je n’ai pas pensé cela réellement. Mais c’était plus fort que moi. Je voulais sentir cette chaleur m’envahir à nouveau. Je lui ai rejeté la phrase insultante au visage ! Sa colère fut alors très sombre ! Des coups à mon visage, plaquée contre le mur sur lequel il se met à cogner ma tête. Voyant que ma réaction est encore lente, il me saisit avec violence les bras, il se met à me secouer comme un vieux chiffon, avant de me repousser contre l’armoire qui a perdu une porte dans ma chute. Fou de rage, il me laissa par terre, m’enjambant au passage. Jamais une telle humiliation ne m’a fait autant de bien dans ma féminité.

J’ai toujours cherché à comprendre, pourquoi je suis la seule de mes amies à ne jamais atteindre ce fameux orgasme. A les entendre raconter leurs ébats intimes, je suis convaincue que je ne suis pas faite de la même étoffe qu’elles. Comment le simple fait de s’embrasser longuement, se lécher le corps et les joyaux intimes, se mêler dans un va et vient de quelques minutes peuvent produire cet effet dont elles me parlent ? Pourtant, ce matin, quand Marco me frappait dans sa colère, pour la première fois j’ai eu un orgasme. J’avais tellement envie qu’il me possède au lieu de laisser la chambre. Frustrée, je l’ai regardé partir, laissant mon désir inassouvi.

De confusion, je cours. Je prends la voiture, ignorant les pleurs de ma fille et me dirige vers mon refuge à furcy. Je prends ma journée afin de réfléchir.  J’avais besoin de ce moment seul avec moi. Il fallait que je prenne une décision. C’est vrai que c’est la première fois que Marco a fait preuve de violence envers moi. Même notre fille de sept ans, il n’a jamais voulu que je la punisse avec des coups. Je ne comprends pas. Qu’est-ce qui s’est passé ?  Ce n’est pas non plus la première fois que je laisse échapper un gros mot dans mes disputes avec lui. Oui je sais, il m’a souvent demandé d’arrêter cela. Aujourd’hui, j’ai compris qu’il n’aimait vraiment pas ça.

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En fin de compte, il a gagné. Plus jamais je ne lui dirai de gros mots. Mon avocat s’occupera de préparer le divorce dès aujourd’hui. Je ne resterai pas mariée à un homme qui me frappe quand il n’est pas content de moi. Ma fille va souffrir de cette pénible décision, je ferai tout pour l’aider à surmonter cette épreuve. Mais je ne coucherai plus jamais avec ce salaud de Marco, même si je découvre enfin, comment il aurait pu me procurer un peu de plaisir au lit !

Zut, je n’ai pas d’allumettes !

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Sources des photos: Google.com

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